Le directeur du site des Yvelines, Eric Haan, annonce ce jeudi la fin de la fabrication de voitures fin 2028. L’usine née en 1938 compte encore 1 925 personnes, douze fois moins que dans les années 1980. Poissy se reconvertira dans d’autres activités comme l’emboutissage de pièces pour d’autre sites ou le reconditionnement des véhicules. 1 000 emplois seront sauvegardés, affirme le constructeur.
Après l’annonce mardi par Renault de la suppression de 15 à 20% de ses effectifs mondiaux dans l’ingénierie, c’est au tour de Stellantis de réduire la voilure. Le directeur de Poissy, Eric Haan, annonce ce jeudi, lors d’un Comité social et économique (CSE), l’arrêt prochain de la fabrication de véhicules dans l’usine des Yvelines. Le site avait encore fabriqué 89 500 unités en 2025 (contre 145 000 deux ans plus tôt). Soit 400 par jour, dont moins de 5%… de mini-SUV DS3, un modèle lancé en 2018 qui s’est révélé un échec. Le reste est constitué des petits cousins Opel Mokka, lancés en 2020, dont la production prendra fin en décembre 2028.
Interrompre la fabrication de voitures n’implique certes pas une fermeture. C’est ce qu’explique ce jeudi Eric Haan aux salariés. 100 millions d’euros d’investissements sont d’ailleurs annoncés, dont 20 millions destinés à une nouvelle presse afin d’emboutir des pièces à destination d’autres sites de Stellantis. D’autres activités sont prévues comme le reconditionnement de voitures d’occasion ou des transformations de véhicules.
Moyenne d’âge élevée
« La moyenne d’âge à Poissy est très élevée, de 54-55 ans, et, quand l’activité d’assemblage s’arrêtera, ce sera deux ans de plus », souligne Frédéric Lemayitch. Le délégué central CFTC ajoute : « Beaucoup veulent partir et Stellantis maintiendra à Poissy les emplois de ceux qui souhaitent rester ». Le groupe annonce le maintien de 1 000 emplois d’ouvriers à horizon 2030, sur 1 925 aujourd’hui… contre 24 000 à sa grande époque dans les années 1980 !
Née en 1938, cette usine sera passée entre plusieurs mains durant un parcours historique chaotique. Elle aura fabriqué en effet des Matford, puis des Ford, avant d’être rachetée en 1954 par Simca, lui-même repris par Chrysler en 1970, avant que les activités européennes de l’Américain ne se retrouvent dans le giron de PSA huit ans plus tard. Et, début 2021, le site changeait encore de pavillon, passant sous la bannière de Stellantis, suite à la fusion de PSA et Fiat Chrysler (FCA). Poissy abrite actuellement le siège de Stellantis France.
Dernier site de la région parisienne
C’est le dernier site automobile d’une région parisienne qui en fut naguère prolixe. Et ce, après l’arrêt des fabrications de Citroën à Aulnay en 2014, de Renault à Flins en 2024 ! Avant cela, Citroën avait fermé ses chaînes du quai de Javel en 1975, celles de Levallois en 1988. Renault a stoppé pour sa part la production sur le site traditionnel de Billancourt en 1992.
Stellantis détient encore douze sites industriels en France et y emploie 39 000 salariés. Mais PSA (devenu Stellantis en 2021) comptait encore 62 000 personnes dans l’Hexagone en 2019, avant le Covid, et 126 000 il y a vingt ans ! Soit des effectifs divisés par trois. Le problème des usines tricolores est connu. Le coût horaire de la main d’oeuvre y frise les 32,50 euros, expliquait récemment Manuel Gentile, directeur de Sochaux (Doubs), lors d’une visite du site. Contre 23 en Espagne, 6 à 7 euros au Maroc, où Stellantis investit massivement pour en faire sa première usine européenne. Pas étonnant que PSA ait délocalisé progressivement ses petits modèles.
40 000 emplois perdus en France
La production auto dans l’Hexagone aura dégringolé de 3,66 millions d’unités en 2004, année record, à 1,46 million l’an passé (utilitaires compris). « Nous avons perdu un million de véhicules à la production en France depuis 2020 et 40 000 emplois depuis 2019 », avertissait mercredi Nicolas Le Bigot devant la Commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale. Le directeur pour les questions environnementales, techniques et réglementaires de la Plateforme automobile française (PFA) ajoutait : « 75 000 emplois sont à risque d’ici 2035 si rien n’est fait ».
Le déficit de la balance commerciale automobile tricolore est devenu abyssal : -14,4 milliards l’an dernier pour les véhicules, -5,6 pour les équipements automobiles. Depuis 2019, la filière cumule 135 milliards de déficit. Celui-ci devrait même franchir carrément la barre des 150 milliards cette année ! L’auto est le premier secteur déficitaire dans les produits manufacturés.
in Auto Infos, par Alain-Gabriel Verdevoye, 16-04-2026






